Avec l’AMLA, l’Union européenne engage une transformation structurelle de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Juridiquement créée le 26 juin 2024 et installée à Francfort, cette nouvelle autorité européenne a commencé ses activités en 2025.
Sa création répond aux limites d’un système historiquement fondé sur 27 dispositifs nationaux dont les pratiques, les méthodes et les priorités demeuraient parfois divergentes.
Cette fragmentation pouvait être exploitée par des réseaux criminels opérant simultanément dans plusieurs juridictions et utilisant des montages financiers de plus en plus sophistiqués.
Comme le souligne RegTech Times, l’objectif consiste désormais à instaurer une véritable culture européenne de la supervision LBC/FT.
L’AMLA ne remplacera toutefois pas les autorités nationales, qui conserveront la surveillance directe de la grande majorité des entités assujetties.
Elle coordonnera leur action, élaborera des méthodologies communes et veillera à une application plus cohérente des exigences européennes.
À compter de 2028, elle supervisera directement jusqu’à 40 établissements financiers ou groupes transfrontaliers présentant les risques les plus élevés.
Le premier processus de sélection interviendra en 2027, sur la base d’une méthodologie européenne harmonisée d’évaluation des risques.
Les critères examineront notamment l’exposition géographique, la clientèle, les produits, les canaux de distribution et l’efficacité des contrôles internes.
Une liste provisoire des entités éligibles doit être établie dès 2026, à partir des informations collectées par les superviseurs nationaux.
Cette démarche permettra de comparer les risques inhérents et résiduels selon des données et des standards communs à l’ensemble de l’Union.
Les entités sélectionnées seront suivies par des équipes conjointes réunissant des représentants de l’AMLA et des autorités compétentes nationales.
Ces équipes pourront examiner la gouvernance, le dispositif KYC, la surveillance des transactions, les mécanismes d’escalade et la qualité du reporting réglementaire.
L’AMLA disposera également de pouvoirs d’enquête, d’inspection, d’injonction et, en cas de manquements graves ou répétés, de sanction financière.
Son influence dépassera cependant largement le périmètre limité des établissements placés sous sa supervision directe.
Ses standards techniques et ses pratiques devraient progressivement structurer les attentes des autorités nationales à l’égard de toutes les entités assujetties.
L’AMLA renforcera parallèlement la coopération entre les cellules de renseignement financier et facilitera les analyses conjointes de dossiers transfrontaliers.
Elle constitue ainsi le pilier institutionnel du nouveau paquet européen LBC/FT, aux côtés de l’AMLR et de la sixième directive antiblanchiment.
L’AMLR instaurera, à partir du 10 juillet 2027, des obligations directement applicables et plus uniformes pour le secteur privé.
L’AMLD6 harmonisera davantage les mécanismes nationaux de supervision, de coopération et de renseignement financier.
Banques, établissements de paiement, acteurs des crypto-actifs, assureurs et gestionnaires de fonds devront donc anticiper une convergence accrue des attentes réglementaires.
Les fonctions Compliance devront renforcer la gouvernance des données, la traçabilité des décisions, les contrôles consolidés et la démonstration de l’efficacité réelle des dispositifs.
Pour la place financière luxembourgeoise, fortement internationale, cette évolution devrait accroître l’attention portée aux délégations, aux structures transfrontalières et à la supervision consolidée.
La réussite de l’AMLA dépendra finalement de sa capacité à transformer l’harmonisation juridique en une supervision réellement cohérente, réactive et fondée sur les risques.
